Depuis l'esperanza pour les especes profondes

Publié le par Jean Luc Guerbois

Envoyé depuis l’océan Atlantique par Paloma Comenarejo, chargée de campagne océan :

La première fois que j’ai embarqué à bord d’un des bateaux de Greenpeace, c’était sur l’Esperanza, en novembre 2004, et à l’époque, nous étions déjà dans l’Atlantique Nord pour travailler sur les pêches profondes. Greenpeace menait campagne pour que les Nations Unies déclarent un moratoire sur le chalutage de fond en haute mer. En 2006, une résolution a été adoptée par l’ONU (61/105) pour protéger ces écosystèmes fragiles. Une résolution qui s’est malheureusement révélée insuffisante, dont les quelques progrès ne sont ni appliqués ni respectés.

© Pierre Gleizes / Greenpeace

 

Aujourd’hui, l’Esperanza est à nouveau dans l’Atlantique Nord, au large de l’Irlande, et je fais partie de l’équipe à bord. Car les menaces sur les espèces des profondeurs sont toujours là, et aujourd’hui, c’est à l’Union européenne que nous allons nous adresser.
Les pays de l’UE forment la plus grande flotte de pêche de fond, et capturent le plus grand nombre de poissons. La flotte européenne est responsable d’un peu plus de la moitié du total de captures d’espèces de grands fonds et de plus de 80% de celles ci dans la zone de l’Atlantique nord-est.
Or, ces espèces de grands fonds sont toutes menacées… C’est pourquoi Greenpeace est sur place avec son navire l’Esperanza : pour observer, documenter, ces pratiques de pêche et établir un dialogue avec les pêcheurs.


Cela fait plusieurs jours que l’équipage de l’Esperanza essuie des tempêtes en mer, force 10 à 12, des conditions qui rendent extrêmement difficile la mission d’observation que l’on nous a confiée.

Enquêter sur la pêche de grand fond n’est déjà pas chose aisée : car tout se passe entre 400m et 1500 de profondeur, une partie de l’océan méconnue et difficile à atteindre. La pêche de grand fond vise à pêcher les poissons qui vivent à proximité des fonds marins, à de très importantes profondeurs. Ce sont par exemple l’empereur, le flétan, le sabre noir ou certains requins. Ils vivent dans des écosystèmes remarquables, sur les monts sous-marins, le long des canyons, peuplés de récifs coralliens. Pour atteindre ces espèces, d’énormes filets de forme coniques sont plongés en profondeur, tirés juste au dessus du plancher océanique. L’ouverture du plus grand de ces filets est aussi large qu’un terrain de football et aussi haute qu’un immeuble de trois étages !
Des filets aussi gigantesques ne font pas dans le détail. D’abord, ils ramassent beaucoup plus que nécessaire. C’est ce que l’on appelle les « prises accessoires ». Elles représentent jusqu’à 80% du contenu des filets ! 80% de « déchets » rejetés dans la mer aussitôt pêchés ! On épuise ainsi les stocks de certaines espèces de poissons qui ne sont pas celles qu’on est venu pêcher.

De plus, cette pratique de chalutage de fond vise des espèces qui ont souvent besoin de nombreuses années avant de devenir adulte et de pouvoir se reproduire (l’empereur vit ainsi 150 ans et se reproduit à partir de l’âge de vingt ans). En pêchant ces poissons en très grand nombre, les chaluts de fond les mettent en danger. Ces espèces n’ont plus le temps de se reproduire et sont menacées de disparaître. Toutes les données scientifiques confirment que les formes de vie en eaux profondes sont très lentes à se remettre de tels dommages: des décennies, parfois des siècles, dans certains cas jamais. C’est pour cela que malgré les difficultés techniques ou météo, l’équipe de Greenpeace est présente, pour témoigner, enquêter, comprendre et informer.

L’échéance ? D’ici 2013, l’Union Européenne va réviser sa politique commune des pêches (PCP).
C’est à cette occasion que des décisions clés pourront être prises par les états membres : réduire la flotte, valoriser des méthodes de pêche avec moins d’impacts négatifs sur les écosystèmes, mais aussi mettre en place une gestion des pêches qui respecte les avis scientifiques, un plafond sur les quotas pour donner aux poissons la possibilité de se renouveler…. Si l’on ne peut pas prouver que cette pêche en eau profonde peut être pratiquée de manière durable, il faut l’interrompre.

L’équipage de l’Esperanza, l’équipe de Greenpeace, nous tous, continuerons d’être présents, de témoigner pour que personne n’ignore ce qu’il se passe en ce moment même, à plus de 400 mètres de profondeur. Nous rappellerons aux États membres de l’Union européenne qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour endosser leur responsabilité : protéger ce patrimoine commun qu’est le monde des grandes profondeurs !

Paloma Colmenarejo Fernández, chargée de campagne océans pour Greenpeace Espagne

Publié dans Monde

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