Intervention de Jean-Luc Guerbois aux écluses de Bernouet

Publié le par Jean Luc Guerbois

Le Samedi 24 septembre 2011 a eu lieu la 3eme manifestation des écluses de Bernouet, à St Jean d'Angély en Charente Maritime, en présence de Noël Mamère.

Les manifs des écluses dénoncent la mauvaise gestion de l'eau en Poitou-Charente.

Voici l'invertion que j'y ai fait :

 

L’hydrogéologie et l’hydraulique sont des systèmes complexes qui ne peuvent être correctement gérés par les solutions simplistes du Conseil général et les lobbies d’exploitants agricoles.

            L’eau est un élément vivant, source de vie, qui ne peut pas maintenir les populations humaines et l’environnement en bonne santé, si elle-même est malade à force de pesticides et d’engrais chimiques.

            Les forages mal conçus sont autant de cathéters, injectant les poisons répandus en surface au plus profond de notre précieuse ressource en eau.

            Les réserves, que certains appellent de substitution, mais qui en réalité ne remplacent rien du tout, cette eau qui arrosera le maïs est la même qu’actuellement, on la pompera juste en hiver pour éviter les taxes et les arrêtés de restriction d’eau. Eh bien, ces réserves ne feront que dégrader encore plus la qualité de nos rivières.

            Comparons pour bien comprendre. D’un côté, vous avez une eau dans les nappes souterraines, dans la fraicheur de la terre, à l’abri de l’air et de la lumière, c’est un peu comme si vous mettiez de l’eau dans une thermos rangée au frigo.             De l’autre, vous avez le l’eau dans une bassine ouverte aux quatre vents, en plein soleil et sans aucune protection, un peu comme si vous mettiez de l’eau dans un saladier posé sur une table en plein soleil.

            Revenez une semaine plus tard, vous devez choisir l’une ou l’autre pour vous alimenter. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour moi le choix est vite fait !

            Eh bien, le Conseil Général et les lobbies agricoles, eux, veulent nous faire boire le bouillon du saladier !

            Imaginez l’état de cette eau que l’on veut ensuite relâcher dans nos rivières, au moment où elles sont les plus fragiles, en période d’étiage.

            Garanti certaine que les derniers poissons restants vont nager sur le dos !

            Et ce bouillon de culture infâme, mixture de pesticides, d’algues décomposées et de poissons crevés, ils nous disent qu’il s’agira d’un rafraichissement bienvenu pour les huîtres des pertuis charentais !

            Je suis sûr que les ostréiculteurs seront d’accord… s’ils ont prévu de se reconvertir dans la culture d’algues vertes !

            Mais à qui profite le crime ? Qui peut se réjouir du massacre qualitatif et quantitatif de notre eau ?

            Eh bien, elles ne sont sans doute pas seules, mais nous pouvons notamment citer les grandes entreprises de dépollution de l’eau.

            En effet, ces grandes entreprises ultra libérales et capitalistes à l’extrême, n’existent que pour « réparer » les dégâts de ce même système capitaliste ultra libéral. Ce sont les charognards du système.

            Comprenez bien : lorsque des élus s’engagent durablement avec une entreprise de dépollution de l’eau, ils s’engagent durablement à avoir une eau polluée.

            Ces élus, ou d’autres, vont alors soutenir, à coup d’argent public, des systèmes polluant les eaux, créant ainsi un cercle vicieux, arrosant d’argent bien mal acquis, toutes sortes de personnes bien peu fréquentables. L’actualité nous rappelle régulièrement ce genre de petites magouilles.

            L’un des moyens les plus simples de s’en sortir est de privilégier la gestion publique des services publics de l’eau. Les régies n’ayant pas de contraintes de rentabilité, privilégient toujours une bonne gestion de leur ressource afin de disposer au mieux d’une eau naturellement potable.

            Et que constate-t-on généralement sur le territoire des grandes régies ? Un développement massif de l’agriculture bio, au détriment de l’agriculture intensive. Du coup une amélioration de la qualité de vie et une baisse du prix de l’eau. Le cercle vicieux est remplacé par un cercle vertueux.

            Nous pouvons facilement illustrer les dérives du système avec ce qui s’est passé à Royan et St George de Didonne, ville d’un certain Dominique Bussereau, le week-end du 15 août.

            Il y a quelques années, un collectif eau s’était monté à Royan, j’en faisais partie. Nous avons pu alors visiter la flambante neuve usine de potabilisation de Chenac. Déjà à l’époque, des élus, y compris de droite, relevaient les risques de ruptures d’approvisionnement à cause de la turbidité. La solution qu’ils préconisaient, pleine de bon sens, était de passer les terres environnantes en bio.

            Ils n’ont pas été écoutés. Résultat : 126 000 personnes dépendant, dans la riche station balnéaire de Royan, de l’aide humanitaire durant 3 jours !

            A cause d’un simple orage, nous avons vu des scènes dignes d’un état de guerre ou d’une catastrophe climatique.

            Plus que prévisible, c’était prévu, mais rien n’a été anticipé. Nous nous étions aussi interrogés publiquement sur les conséquences du fait de partager la gestion de l’eau entre Véolia et la CER, indiquant qu’en cas de crise, ce sont les usagers qui seraient pris en otage.

            C’est exactement ce qui s’est passé, avec d’un coté Véolia alimentant certaines zones gérées par la CER avec une eau non potable alors qu’ils auraient pu l’éviter, et de l’autre une CER pointant l’incapacité de Véolia à faire des investissements qui auraient pu éviter la crise, mais oubliant que durant des années c’est la CER qui a exploité le service et qu’ils n’ont pas fait, eux non plus, ces fameux investissements.

            Les règlements de compte vont bon train par voie de presse, étalant leurs incompétences réciproques au grand jour, avec des élus royannais tentant pitoyablement de sauver la face. Espérons que les usagers, qui sont aussi des électeurs, se souviendront de ces trois jours infernaux lors des prochaines échéances électorales.

            Force est de constater que pour l’instant, chacune des prévisions des écologistes sur les conséquences de la mauvaise gestion de l’eau en Charente maritime s’est concrétisée, et force est aussi de constater qu’à chaque fois, si les mesures que nous préconisions avaient été prises, ces crises n’auraient pas eu lieu.

            L’eau est un bien commun, la loi elle-même le dit, elle ne peut donc être confiée aux prédateurs de l’économie de marché.

            A l’eau, bien commun, bien public, gestion commune, gestion publique.

Publié dans Agriculture et eau

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