L'audit des centrales nucléaires, l'os à ronger lancé par le gouvernement

Publié le par Jean Luc Guerbois

 

Jeudi 24 mars, François Fillon a appelé à un audit de la filière nucléaire française portant sur cinq points : « les risques d'inondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte de refroidissement ainsi que la gestion opérationnelle des situations accidentelles ». Vendredi 25 mars, le Président Sarkozy a surenchéri en annonçant la fermeture de centrales qui ne passeraient pas les tests de résistance prévus de l'UE après l'accident nucléaire au Japon.

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », cette demande d'audit constitue un écran de fumée... et un aveu criant d'irresponsabilité. Cette volonté de vérifier des points aussi essentiels n'est-il pas l'aveu même que les contrôles réguliers ne sont pas effectués, ou insuffisants ? Pourquoi se restreindre à cinq points, et occulter ainsi des problématiques aussi cruciales que la vétusté de toutes les installations françaises, le recours à la sous-traitance des travailleurs ou l'indépendance des « experts » ? Les Français auront-ils accès de manière libre et transparente à ces résultats ?

Le problème ne concerne pas que les centrales, mais également les installations nucléaires, comme l'usine de retraitement de La Hague, où des quantités considérables de plutonium sont stockées. Les alertes déjà lancées par le Réseau « Sortir du nucléaire » sur la vulnérabilité du parc nucléaire français seront-elles prises en compte ? Considèrera-t-on les données occultées par EDF sur la vulnérabilité des centrales au risque sismique (1) ? Les anomalies génériques sur la tenue au séisme des équipements de pompage de sept centrales (2) ? L'anomalie générique sur les 34 réacteurs de 900 MW concernant les défauts du système de refroidissement d'urgence (3) ? Le défaut d'usure prématurée des générateurs de secours sur 19 réacteurs (4) ? Enfin, au vu de toutes les informations déjà disponibles sur les défauts de l'EPR (5), les autorités en tireront-elles les conclusions qui s'imposent, et mettront-elles fin à sa construction ?

Monsieur le Président, il semble que vous n'ayez qu'une connaissance bien partielle du dossier. Les risques inhérents à la technologie atomique ne sont pas révélés uniquement par un tsunami ou un séisme. S'il n'est « évidemment pas question de sortir du nucléaire » puisque la France aurait le parc « le plus sécurisé (6) », pourquoi entreprendre toute cette batterie de tests ?

Il est choquant de prétendre pouvoir tirer un « retour d'expérience pour l'amélioration de la sûreté » de la catastrophe japonaise. Au Japon comme en France, la technologie nucléaire est structurellement ingérable. « La seule conclusion raisonnable à tirer de ce drame est la décision immédiate de sortie du nucléaire », déclare François Mativet, porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire ». « Y êtes-vous seulement prêt, monsieur le Président ? »

Publié dans Politique générale

Commenter cet article