La sécheresse s'est installée dans le Sud-Ouest

Publié le par Jean Luc Guerbois

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Ce début de printemps aux allures estivales suit un hiver sec. Les précipitations trop faibles sont inquiétantes pour le débit des rivières et le niveau des nappes phréatiques. 

La sécheresse est arrivée sans faire de bruit. Le déficit en eau n'a pas bouleversé grand monde au cœur d'un hiver plutôt froid. Il est devenu plus spectaculaire depuis le début du mois, alors que les températures s'envolaient à des niveaux estivaux. Description du phénomène :

1 Un mois d'avril très sec presque partout

Si la dernière décade du mois devait ressembler à ses deux devancières, avril 2011 serait appelé à rester dans les annales. « Il est tombé 6,8 mm de pluie à Bordeaux depuis le 1er avril. Si la situation perdure, on se situera au cinquième rang des mois d'avril les plus secs depuis le début des relevés, en 1920. Le record remonte à avril 1945. Il n'avait pas plu du tout », note Mireille Alleno au service climatologie de la direction interrégionale de Météo France, à Bordeaux-Mérignac.

Pour donner une idée de la pingrerie des cieux, il tombe sur le sud-ouest de la France une moyenne de précipitations comprise entre 60 mm et 140 mm durant le mois d'avril. Les mieux dotés ont été les départements des Pyrénées, où il a pu tomber localement jusqu'à 30 mm depuis le début du mois. Ailleurs, on a signalé par endroits de faibles chutes les 2 et 3 avril, ainsi que le 10 avril dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes. « On entre dans le dernier tiers du mois, on ne peut donc pas encore parler de record. Mais à Millau, dans l'Aveyron, il n'est pas encore tombé une goutte ce mois-ci alors que le plus bas niveau était à 6,9 mm en avril 1984. La situation est à peu près la même à Albi, dans le Tarn, avec moins d'un millimètre d'eau. Et à Niort, dans les Deux-Sèvres, avec 0,6 mm alors que le record est à 4,2 mm depuis 1984 là aussi. On effectue des mesures à Niort depuis 1958 », ajoute Mireille Alleno.

2 Pas assez de pluie depuis décembre

Ce début de printemps aux allures estivales fait suite à un hiver sec. Météo France indique qu'à l'échelle de la France, les quantités d'eau recueillies ne représentent que 56 % de la normale en janvier, 58 % en février et 74 % en mars.

C'est encore pire dans la région, où les seuls excédents ont été relevés sur le piémont pyrénéen en février. Le mois de janvier avait été particulièrement sec sur l'Aquitaine, avec 27 mm de pluie en janvier à Bordeaux pour une moyenne mensuelle de 92 mm. Et 18 mm à Biarritz au lieu de 138 mm. « Le déficit est d'autant plus important qu'avril est souvent le cinquième mois d'affilée en dessous des normales », constate Mireille Alleno. « On voit très bien que la situation est dégradée au nord d'une diagonale Biarritz-Strasbourg », renchérit Philippe Vigouroux, qui compile toutes les données relatives aux nappes d'eau souterraines en France au sein de l'antenne du BRGM (le service géologique national) de Montpellier.

Conjugué aux fortes températures, le déficit de précipitations se traduit par une diminution spectaculaire de l'enneigement en montagne. Il n'y a plus de blanc sur le Pays basque. Le massif Aspe-Ossau et celui de haute - Bigorre sont complètement dégarnis en dessous de 1 800 mètres. Sur le versant sud, il ne subsiste que 20 cm de neige à 2 400 m dans le haut Béarn. À 2 150 m, le Soum Couy (au-dessus de la Pierre-Saint-Martin) a perdu 20 cm de neige en l'espace d'une semaine…

3 Des inquiétudes pour les rivières

Cette météo persistante risque évidemment d'avoir un impact sur le débit des rivières. La situation est surtout préoccupante en Charente-Maritime (lire ci-dessous), où les cours d'eau sont alimentés par des nappes superficielles très dépendantes de la pluviométrie récente. Un peu plus au nord, le préfet des Deux-Sèvres s'est ému de la situation dès le 5 avril.

« La situation hydrique est à surveiller de près », confirme l'agence de l'eau Adour-Garonne, qui supervise le Grand Sud-Ouest. Point positif, les barrages sont quasiment pleins sur le bassin versant (soit 350 millions de mètres cubes). En prévision d'une éventuelle détérioration, l'Agence de l'eau réserve, comme chaque année, un gros volume d'eau (60 millions de mètres cubes) stocké derrière les barrages EDF. « Cette eau va réalimenter l'Adour, la Garonne, le Tarn et l'Aveyron durant l'été », explique-t-on à l'Agence. L'opération n'est pas gratuite. Il en coûte 2,5 millions d'euros - à l'Agence et aux collectivités territoriales - pour soutenir les débits d'étiage. « C'est une sorte d'assurance. Mais, si la sécheresse persistait, cette réserve permettrait de limiter les dégâts, pas plus », prévient l'Agence de l'eau.

4 Les nappes sont trop basses

Après plusieurs mois de pluies faibles, les nappes d'eau souterraines sont impactées. Au 1er avril, 58 % des réservoirs naturels en France affichaient un niveau inférieur à la normale. Les aquifères de Poitou-Charentes et d'Aquitaine étaient déjà inscrits à la baisse. La situation n'a pas pu s'améliorer depuis lors. Et s'il pleuvait ? « En cette saison, seules des précipitations de longue durée peuvent recharger les nappes, car une grosse partie de l'eau qui tombe est captée par la végétation », souligne Philippe Vigouroux.

En clair, seul un printemps pourri pourrait ramener les nappes souterraines à la normale. Sinon, des conflits d'usage entre l'agriculture (80 % des prélèvements), qui a besoin d'eau pour contrer la chaleur, la pêche et les autres activités pourraient survenir avant l'heure estivale habituelle. Rien ne dit aujourd'hui que la sécheresse va perdurer comme au printemps 1976. Mais rien ne dit le contraire…

Publié dans Agriculture et eau

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