Nicolas Hulot prêt à y aller

Publié le par Jean Luc Guerbois

L'animateur de télé pourrait se déclarer candidat à la primaire écologiste dans les prochains jours. De quoi changer la donne électorale à gauche.

 Lyon, 13 novembre 2010 : la secrétaire nationale d'EELV, Cécile Duflot, entourée par le probable candidat à la primaire Nicolas Hulot et la candidate déclarée Eva Joly. Photo AFP

Lyon, 13 novembre 2010 : la secrétaire nationale d'EELV, Cécile Duflot, entourée par le probable candidat à la primaire Nicolas Hulot et la candidate déclarée Eva Joly. Photo AFP

C'est presque fait. D'ici une dizaine de jours tout au plus, Nicolas Hulot devrait annoncer son intention de se présenter à l'élection présidentielle. Ce faisant, le célèbre animateur de l'émission « Ushuaïa » franchira l'obstacle devant lequel il avait regimbé en janvier 2007, laissant Dominique Voynet atterrir sans parachute devant l'électorat (1,57 % des suffrages).

Insistante depuis plusieurs semaines, la rumeur est accréditée par Yves Cochet. Le député de Paris indique qu'il a rencontré Nicolas Hulot cette semaine et que l'affaire est quasiment dans la poche.

La bonne fenêtre de tir

À la Fondation Nicolas Hulot, ça frémit également. Jeudi, son comité de veille écologique (l'équipe de scientifiques qui conseillent Hulot) était réuni pour débattre de l'actualité. « Tous les signaux montrent qu'il va y aller », glisse un des membres du comité. « On attend comme tout le monde sa décision. On anticipe, bien évidemment. S'il venait à s'engager en politique, Nicolas Hulot démissionnerait de la présidence de la fondation, qui prendrait le nom de Fondation pour la nature et l'homme. Nos statuts le prévoient depuis 1996 », indique son service de communication.

Pour l'écologiste le plus connu de France, la fenêtre de tir est sans doute la bonne. Portée par une vague de curiosité médiatique lorsqu'elle a déclaré son intérêt pour la présidentielle, en août dernier, Eva Joly peine à transformer l'essai. La juge intransigeante a certes bossé ses dossiers, mais son français parfois hésitant la dessert. En novembre, sa piètre performance face à Nadine Morano lors de l'émission de télé « Mots croisés » a interpellé plus d'un militant.

Autre candidat à la primaire, Yves Cochet a indiqué qu'il se retirerait si Nicolas Hulot se déclarait à son tour. Ce qui planterait le décor d'un duel Hulot-Joly, dont l'animateur de télé a de bonnes chances de sortir vainqueur. Le calendrier de la primaire devrait d'ailleurs être décalé à l'automne, ce qui lui irait fort bien.

Des preuves à faire

La donne électorale est également bien plus favorable à une éventuelle candidature Hulot qu'en 2007. Unifié depuis l'automne, Europe Écologie-Les Verts (EELV) a enchaîné trois vagues d'élections satisfaisantes : les européennes, les régionales et les cantonales. Avoir un représentant lors de l'échéance de 2012 ne fait plus débat au sein du mouvement. « On le voit bien avec Fukushima, nous sommes en train de changer de monde. Plus que jamais, présenter un candidat à l'élection présidentielle s'impose », justifie Noël Mamère, le député maire de Bègles, qui appartient au cercle des conseillers réguliers d'Eva Joly.

Le chemin de Nicolas Hulot vers 2012 n'est pas pour autant semé de mille fleurs. Au sein d'EELV, sa capacité à jouer collectif reste à démontrer. Le premier geste qui fâche est peut-être pour ce week-end. Nicolas Hulot ne semble pas désireux de participer au conseil fédéral du mouvement, qui planche depuis hier et jusqu'à demain. Noël Mamère la trouve un peu saumâtre. « Si Nicolas Hulot devait être candidat à la primaire, il serait pourtant normal qu'il nous en informe au préalable. Son engagement est bienvenu, à condition qu'il soit aussi et avant tout le candidat d'EELV. Il aura besoin des militants », réagit-il.

Le propos est symptomatique de l'ambivalence qui prévaut dans le mouvement écolo à propos du personnage Hulot. Jamais loin, mais jamais dedans non plus. En 2007, sa répugnance à donner une quelconque consigne de vote en avait choqué plus d'un. Depuis lors, l'homme s'est semble-t-il gauchisé. Son film, « Le Syndrome du "Titanic" », sorti en salle il y a deux ans, liait sans ambiguïté crise écologique et crise sociale, ruine des milieux naturels et explosion des inégalités.

Hulot a aussi tranché dans le vif sur le nucléaire il y a deux semaines, à la faveur de la tragédie de Fukushima. Alors que sa fondation est en partie financée par EDF, il a réclamé un débat national ou un référendum sur la question. De quoi lever un obstacle au sein d'une famille politique très marquée par la lutte antinucléaire.

Si quelques explications de texte seront encore nécessaires en interne, Nicolas Hulot doit surtout s'attendre à prendre des coups dans l'arène. Très à l'aise avec Chirac, il n'a jamais eu d'atomes crochus avec Sarkozy. C'est réciproque. Quant aux socialistes, ils voient revenir avec lui la menace de l'émiettement à gauche au premier tour et le spectre du 21 avril 2002. Les sourires vont être crispés.

Publié dans Politique générale

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