Nucléaire : un site douteux en Allemagne

Publié le par Jean Luc Guerbois

Le convoi de déchets nucléaires est arrivé en Allemagne dans une région en révolte depuis trente ans contre le site de Gorleben, dont la sécurité est contestée.

 Paysans, jeunes ou retraités manifestent avec les antinucléaires venus de toute l'Allemagne. PH. AFP

Paysans, jeunes ou retraités manifestent avec les antinucléaires venus de toute l'Allemagne. PH. AFP

 

À Berlin

De 30 000 à 50 000 personnes manifestaient hier après-midi dans le Wendland, en Basse-Saxe, entre Hanovre et Hambourg, contre le convoi de 600 mètres de long transportant 120 tonnes de déchets nucléaires « rapatriés » de la Hague. 17 000 policiers étaient sur place - contre 16 000 l'an dernier. Les 11 « Castors » (les conteneurs de sécurité renfermant les déchets vitrifiés) doivent être transférés aujourd'hui dans le hangar provisoire du site de Gorleben, proche de la mine de sel censée les héberger pour « toujours ». Jamais encore un transport n'avait mobilisé autant de manifestants, depuis trente ans que la majorité des habitants de la région s'y opposent. Paysans, jeunes, retraités ou pasteurs ont manifesté au coude-à-coude avec les antinucléaires venus de toute l'Allemagne.

« Un acte délictueux »

Tandis que les plus agiles tentaient de déjouer la surveillance des policiers autour de la voie, retardant le convoi avec succès, les « anciens » préparaient, dans les fermes, les jardins, bols de soupe, saucisses et gâteaux pour les ravitailler. Les militants enchaînés sur les voies, les barrages de tracteurs, alternaient avec le « schottern », une action qui consiste à évacuer le tapis de pierres du socle de la voie, fragilisant le rail et bloquant le trafic. « Un acte délictueux, condamné par la chancelière Angela Merkel hier. »

4 800 tonnes de déchets

La décision du gouvernement de prolonger de douze ans en moyenne l'activité des centrales en activité a relancé le mouvement antinucléaire, démobilisé par la politique de « sortie de l'atome » de l'ex-chancelier Schröder. Le nucléaire n'est pas considéré comme une technologie d'avenir en Allemagne. Les réacteurs passeront le relais lors de la montée en puissance des énergies renouvelables. Mais le prolongement de leur activité produira 4 800 tonnes de déchets en plus, selon les écologistes, et la sécurité du site de Gorleben reste à prouver.

Son choix même aurait été précipité, dans les années 1970, avant tout par intérêt économique, sous la pression du ministre-président démocrate-chrétien (CDU) de Hanovre, avec l'aval du chancelier Kohl. Sans que soit entrepris l'examen d'autres sites, en dépit des avis d'experts. Une commission d'enquête parlementaire est chargée aujourd'hui de faire toute la lumière sur ce point. Mais le choix du ministre de l'Environnement Norbert Röttgen (CDU) de confier l'expertise finale de la mise en exploitation du site à d'anciens responsables de centrales nucléaire des groupes Vatenfall et EON a pourri le débat.

Uwe Schünemann, CDU, ministre de l'Intérieur de Basse-Saxe, jugeait vendredi qu'il serait temps de chercher les alternatives possibles à Gorleben, en particulier dans le sud de l'Allemagne. Une éventualité dont aucun Land ne veut entendre parler et qui « mettrait le feu à toute la République », selon Max Straubinger, démocrate-chrétien bavarois.

La Basse-Saxe, elle, a déjà donné. Le site de déchets nucléaires d'Asse II, non loin de Gorleben (une mine de sel aussi), est ravagé par les infiltrations et devrait être intégralement évacué. Mis en service voici trente ans, il devait être un modèle pour Gorleben !

Publié dans Energie

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