RDC : conflits entre compagnies d’exploitation du bois et communautés forestières

Publié le par Jean Luc Guerbois

sodefor-oshwe1.jpgDes conflits ont éclatés en avril et en mai entre des compagnies d’exploitation du bois et des communautés forestières. Ces conflits se sont soldés par des interventions violentes de la police, des arrestations et, selon les premières informations, des exactions.

Les incidents se sont passés dans le groupement Yalisika en territoire de Bumba, dans la province de l’Équateur fin avril 2011. Un conflit a opposé des membres de la communauté Bosanga du village de Yalisika à la Siforco (la filiale congolaise du groupe Danzer). A la base de ce conflit, le non respect du cahier de charges signé depuis 2005 entre la communauté de Yalisika et la Siforco.
La Siforco a fait appel aux forces de police, ce qui s’est soldé par une intervention violente : il a été rapporté à Greenpeace que des villageois ont été violemment battus ce qui aurait entraîné la mort d’une personne, Monsieur Moloma Tika Frédéric. Plusieurs femmes auraient également été violées tandis que des biens des villageois étaient détruits.
Le dimanche 15 mai, Greenpeace a été informé que des villageois ont été battus et arrêtés par la police dans la zone d’Inongo (Province de Bandundu). Ces faits seraient liés, selon des sources fiables, à un conflit entre la communauté locale et la Sodefor (filiale congolaise du groupe enregistré au Lichtenstein, NST, NordSüdTimber). Sept personnes ont été en détention pendant plusieurs jours, dans des conditions considérées comme dégradantes, et sans que des charges claires ne soient retenues contre eux.

Une des principales causes de ces récurrents conflits violents est l’absence totale de plan d’utilisation des sols dans les forêts allouées à l’exploitation forestière. Il est urgent que le gouvernement de République Démocratique du Congo et la communauté des bailleurs de fonds s’engagent fermement pour un maintien du moratoire existant sur de nouvelles allocations de concessions forestières
Les deux compagnies Sodefor et Siforco prétendent pratiquer une « gestion durable des forêts », soutenues par certains pays donateurs. Par exemple, en janvier, la Sodefor a obtenu un certificat FSC (Forest Stewardship Council- Controlled Wood certificate) pour des zones d’exploitation forestières où des conflits ont déjà eu lieu. Le 13 mai, Greenpeace international a déposé une plainte officielle auprès du FSC pour que le label se dissocie de la compagnie Sodefor, en accord avec ses propres règles.
Depuis plusieurs mois, Greenpeace a demandé au FSC à suspendre toute décision sur de nouveaux certificats du label à des exploitations forestières dans le Bassin du Congo, tant que les préconditions à un rétablissement de la crédibilité du FSC dans la région ne sont pas remplies. Les récentes violences nous montrent que la gestion durable des forêts n’existe pas aujourd’hui en République Démocratique du Congo. Pour éviter de futures certifications controversées et pour maintenir le support des partenaires et membres du FSC, le FSC ne doit plus s’associer à des compagnies comme la Sodefor.
De telles compagnies ne sont pas seulement impliquées dans la fragmentation de très grandes zones de forêts à haute valeur de conservation, mais aussi dans des conflits qui conduisent à des violations des droits humains.

Greenpeace appelle le gouvernement de la République Démocratique du Congo à s’engager à maintenir le moratoire existant sur l’attribution de nouveaux permis d’exploitation forestière industrielle, ceci notamment tant qu’un plan de zonage participatif n’a pas été mis en place.

Publié dans Monde

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