Réaction de la Confédération Paysanne à l'agression de Bussac

Publié le par Jean Luc

 

 

 

 

Siège administratif : Chambre d'Agriculture 3, Bd de Vladimir 17100 SAINTES

Téléphone - Télécopie : 05 46 91 41 56

Email : conf.paysanne17@voila.fr

Confédération Paysanne

Charente Maritime

Syndicat pour une agriculture paysanne et la défense de ses travailleurs

Saintes, jeudi 22 avril 2010

LA CONF17 DENONCE L’AGRESSION

A LAQUELLE SE SONT LIVRES

QUELQUES AGRICULTEURS LORS DE LA

REUNION DE BUSSAC-CHARENTE

Sur la forme, tout d’abord,

Proférant menaces et invectives contre tous, représentants de l’administration et des autres usagers

de l’eau, et ciblant plus particulièrement les associations environnementalistes et leur représentants qui ont

dû quitter la réunion sous protection policière.

Ce comportement est indigne de la profession et au delà, du genre humain. Mais il est

malheureusement prévisible et calculé et il s’agit bien d’une opération orchestrée et réfléchie, au regard

des consignes données « de la haut » par les représentants « majoritaires », car les indicateurs sont sans

équivoque, les faits sont têtus.

Par exemple ORAMA

 

 

1

, (l'union qui fédère 3 Associations spécialisées de la FNSEA : l' Association

Générale des Producteurs de Blé (AGPB), l' Association générale des producteurs de maïs (AGPM) et la

Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (FOP))n’écrivait il pas il y a deux

ans déjà, qu’il fallait que le monde agricole reconquière la communication sur l’environnement qui était

trop aux mains des environnementalistes ?

Ou encore le président de la chambre d’agriculture de la Charente maritime, irrigant lui-même et

impliqué dans la constitution d’une « bassine », cite mot pour mot dans son communiqué de presse, le

communiqué de l’association « irrigants de France ».

On pourrait multiplier ainsi à l’infini les exemples concourants tous à cette crispation qu’est en

train d’organiser et de construire le courant dominant de la profession, qui refuse de se remettre en

question et souhaite continuer à protéger le simple profit de quelques uns.

1

 

 

Pour information, Le mot « ORAMA »

signifie en grec ancien « ce que l’on voit » - et surtout pas ce que

l’on fait ndlr -

Siège administratif : Chambre d'Agriculture 3, Bd de Vladimir 17100 SAINTES

Téléphone - Télécopie : 05 46 91 41 56

Email : conf.paysanne17@voila.fr

Sur le fond,

L’eau a un statut particulier. C’est un bien commun que nul ne peut s’accaparer par le simple

artifice de le renommer « matière première », transformé en une simple marchandise utile pour son gagne

pain. Le droit à l’eau est un droit indivisible et imprescriptible, c’est un patrimoine sensible qu’il nous faut

protéger et partager. De toute évidence, l’eau est aussi une ressource nécessaire à la culture. Alors, oui, son

stockage devient nécessaire, comme l’est la constitution de réserves alimentaires pour éviter les disettes.

Mais son stockage à la charge de tous, ne doit pas se faire au seul profit de quelques uns, son usage ne doit

pas servir à n’importe quoi. Pour cela, cette ressource et sa redistribution doivent être sociétales,

transparentes et équitables.

A ce jour, au prétexte « de références historiques », un petit millier d’irrigateurs de Charente-

Maritime monopolise sans partage des millions de m3 d’eau pour arroser des cultures industrielles souvent

à faible valeur ajoutée et la plupart du temps exportées. Maintenant, ils contestent la règle de l’équilibre

entre l’eau disponible et les prélèvements qu’ils revendiquent, tandis qu’aujourd’hui, un jeune qui veut

s’installer en maraîchage ou un paysan qui veut se diversifier n’a pas droit à un seul litre !

Pour préserver cet avantage, certains sont prêts à tout.

A nos concitoyens, et à tous les autres usagers de l’eau, nous souhaitons dire que toute la

profession ne se reconnaît pas, ni dans ce discours et encore moins dans ces actes.

Après les manifestations pour le maintien des prix ou la sauvegarde de leur ferme, que ce soit pour

le lait, le porc, les fruits et légumes ou les céréales, on pourrait être enclin à la compassion voire la

compréhension pour ces manifestants au regard de la situation du monde agricole. Mais il faut bien faire

la part des choses : le problème de l’eau ne doit pas être mis dans le même panier. Les fermes qui ont

choisi ce modèle productiviste « moderniste » qui réduit le paysan au simple rôle de producteur de

matières premières (voire de molécules !) se révèle de moins en moins viables.

·

 

 

Elles sont en situation économique difficile. Elles Dépendent de tout : de l’énergie fossile, des

marchés économiques et de la bourse (variation des prix de vente la plupart du temps en dessous du coût

de production !), des marchés financiers (la production agricole comme tout le secteur primaire, nécessite

de lourds investissements financiers !). Et pour ceux qui irriguent, de l’eau !

·

 

 

Elles n’ont aucun levier d’action sur leur destinée, à part la course à l’agrandissement. Pire, leurs

représentants ont laissé détruire tout ce qui les protégeait : système d’intervention, outils de régulation,

assurances mutuelles, souveraineté alimentaire, etc., au profit de l’esprit d’entreprise, de la libre

concurrence et de la main invisible du marché

Que « les entrepreneurs » qui ne veulent pas en démordre continuent et qu’ils arrosent leur maïs

s’ils le veulent, mais pas avec nos impôts et dans le respect des lois qu’ils doivent connaître et non pas

refaire à leur avantage.

A nos collègues paysans, nous redisons de faire appel à leur bon sens légendaire et de faire revivre

leur métier.

Nous affirmons que l’agriculture a un avenir et de nombreux paysans en font la preuve tous les

jours. Ils n’ont pas des tracteurs flambants neufs pour aller sur les champs Elysée, ils ne menacent personne

et ils vivent plutôt bien, sans irrigation la plupart du temps, mais avec des voisins, des consommateurs, des

clients. Donc c’est possible (pour les plus sceptiques, allez donc visiter le site www.ehlgbai.org).

Réfléchissons avec les autres usagers et l’administration pour accompagner les fermes à se

désengager de leur dépendance à l’irrigation. Discutons en et Regardons avec la Confédération Paysanne

vers une tradition d’avenir qu’est l’agriculture paysanne, pour construire un monde apaisé ou l’agriculture

retrouverait sa mission de nourrir non pas l’humanité, mais les femmes et les hommes de son territoire

La Confédération Paysanne 17

Publié dans Agriculture et eau

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