Sommet pour le climat de Cancún : le Parlement adopte une position ambitieuse

Publié le par Jean Luc Guerbois

Les eurodéputés viennent de voter une position commune en vue de la conférence sur le changement climatique de l’ONU qui aura lieu du 29 novembre au 10 décembre. Eva Joly et Yannick Jadot demandent aux dirigeants européens d’en finir avec une diplomatie climatique contradictoire : l’UE doit s’engager à financer les pays du Sud et à réduire plus drastiquement ses émissions de CO2.

Pour contribuer aux débats et obtenir un résultat positif à Cancún, l’Union européenne n’a pas le choix : elle doit se fixer à elle-même des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de carbone. C’est le message principal de la résolution du Parlement européen (PE) votée en plénière le jeudi 25 novembre. « Les eurodéputés exigent que l’UE abandonne son objectif de réduction des émissions de 20 % en 2020, quelles que soient les avancées des négociations, précise Yannick Jadot qui sera membre de la délégation officielle du PE à Cancún. Des études récentes montrent que cet objectif est obsolète : il sera atteint sans effort ! C’est devenu un obstacle à l’investissement vert et à l’innovation, et un boulet à traîner dans les négociations. Les gouvernements européens doivent passer à un objectif de 30 % maintenant. C’est dans l’intérêt de l’Europe. »

 

 

Le Parlement appelle également l’UE à résoudre ses conflits internes et à parler d’une seule voix, pour indiquer clairement qu’elle est prête à prolonger Kyoto. « Malheureusement, les Etats-membres ne sont pas d’accord sur des points-clés du Protocole comme par exemple sur la comptabilisation des émissions forestières », regrette le député Europe Écologie. Consentir à une seconde période d’engagement du Protocole de Kyoto serait pourtant une étape décisive pour restaurer la confiance avec les pays en développement. Ces derniers ne veulent en effet pas mettre en danger leur croissance économique ni payer pour la pollution des pays riches. L’enjeu de la conférence de Cancún sera donc de trouver un équilibre entre réduction des émissions, préservation de la croissance et répartition équitable des coûts de la lutte contre le changement climatique.

Aide aux pays du Sud

« La question de l’aide aux pays en voie de développement va peser sur les négociations de Cancún, confirme Eva Joly, présidente de la Commission développement du PE. Le Parlement européen vient d’ailleurs d’exiger de l’Union qu’elle arrête de ponctionner dans l’aide publique au développement existante les fonds qu’elle s’est engagée à verser pour le climat. C’est mal parti cette année puisqu’elle va manquer de peu sa promesse de mobiliser 2,4 milliards d’euros en 2010. » Pour ne pas empiéter sur l’argent public qui revient de droit à des projets éducatifs ou à la santé, les eurodéputés proposent de trouver de nouvelles ressources. La taxe sur les transactions financières est même mentionnée dans leur résolution comme un possible et original levier afin de véritablement aider les pays du Sud à s’adapter au réchauffement climatique.

« Les négociations risquent d’être difficiles, pronostique enfin Yannick Jadot, pourtant l’issue de cette conférence sera déterminante : si nous obtenons un bon résultat sur la déforestation, les transferts de technologie et un fond de soutien aux pays du Sud – même sans accord global – alors cela signifiera que le processus onusien n’est pas complètement vain. Pour cela, il faut que les pays du Nord tiennent leur promesse. »

Conférence climat à Cancun: "pas de fatalité de l'échec"

PARIS, 26 novembre 2010 (AFP) - Les écologistes français ont estimé vendredi qu'il n'y avait pas de "fatalité de l'échec" dans les négociations sur le climat, en souhaitant que les 190 pays qui se retrouvent à partir de lundi à Cancun prennent des engagements "réalistes".

Après l'échec de Copenhague il y a un an, "Cancun doit être un moment où le processus de négociation des Nations unies retrouve de la crédibilité", a déclaré le député européen Yannick Jadot, au cours d'une conférence de presse d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à Paris.

"Il n'y a pas de fatalité de l'échec à Cancun", a insisté le maire adjoint de Paris, Denis Baupin. "Il y a aujourd'hui un consensus sur la gravité de la situation", mais "malheureusement, les Etats ne sont pas au rendez-vous".

"Obtenir l'adhésion des pays les plus pauvres à un accord contraignant suppose qu'ils ont confiance en nous. Or, nous ne tenons pas nos engagements financiers" pris à Copenhague, a insisté la députée européenne Eva Joly, qui pourrait briguer la présidence française en 2012.

Elle a notamment critiqué la France, qui s'était engagée à verser "420 millions d'euros de fonds nouveaux" aux pays en voie de développement. "En réalité, on a prélevé ces fonds sur des fonds déjà dédiés à l'aide au développement. Nous sommes extraordinairement loin de nos engagements".

"Venir aujourd'hui à Cancun demander des sacrifices aux pays qui voient que nous ne sommes pas sérieux dans nos engagements, c'est un bien mauvais point de départ", a-t-elle ajouté.

Pour Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV, "la prise de conscience des citoyens va plus vite que celle des dirigeants politiques, et les choses se passeraient différemment à Cancun s'il y avait des responsables politiques d'importance qui avaient l'étiquette écologiste".

Yves Cochet, député Verts de Paris, a pour sa part estimé que la France et l'Europe devaient être à l'avant-garde des avancées dans les négociations climat, et proposer "30% de réduction des gaz à effet de serre d'ici 2020", contre l'objectif officiel de 20% aujourd'hui.

Publié dans Politique générale

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